Une semaine a passé. Des jours tristes où personne ne réalisait complètement ce qui venait de se produire. Charles aurait bien aimé que ses vacances se terminent d’une autre manière. Il sait bien que jamais plus ses visites à Rimouski n’auront le même attrait.

Ses parents s’affairent à placer les derniers bagages à l’arrière de la voiture. Pendant ce temps, il regarde partout et nulle part à la fois, le visage collé contre la fenêtre de la porte d’entrée. Il est plongé dans ses souvenirs heureux et s’ennuie déjà de son grand-père. D’ici une demi-heure, il faudra repartir pour Laval.

Mais voilà qu’il aperçoit Marianne, au loin, qui s’amène sur son vélo à fond de train. Sans perdre un instant, il sort aussitôt pour l’accueillir devant la maison. Ça fait du bien de pouvoir la revoir, après ces belles journées passées avec elle!

Elle arrive très essoufflée. Elle a visiblement pédalé de toutes ses forces pour ne pas arriver trop tard. En posant le pied à terre, elle reste d’abord muette. Ni elle ni Charles n’osent se regarder. Il faudra que quelqu’un finisse pourtant par briser la glace.

— Je m’en vais dans quelques minutes, finit-il par lui dire.

— Je sais. C’est pour ça que je suis ici.

Cette fois, ils se fixent droit dans les yeux, comme pour tenter de se dire ce que les mots seuls ne peuvent révéler. Marianne, pour changer l’atmosphère, pose alors doucement sa bicyclette contre la rampe d’escalier.

— Tu sais, Charles, il y a un endroit que j’aime et que je ne t’ai pas montré pendant ton séjour ici.

— Ah oui? répond-t-il quelque peu intrigué.

— Oui, c’est une cachette, un coin secret où j’ai l’habitude d’aller quand j’ai trop de peine. Si j’ai envie d’être tranquille, c’est là que je vais.

— Et c’est loin d’ici, cette cachette?

— Quand on se dépêche, ça ne prend que dix minutes pour s’y rendre, à condition de prendre un raccourci par le bois. Aimerais-tu que je t’y conduise?

— Est-ce qu’on a vraiment le temps? demande-t-il. Nous partons dans 30 minutes!

— Tu t’es mis en forme pendant tes vacances; dix minutes et nous y serons...

Sans plus attendre, Marianne part la première, à vive allure, en passant d’abord derrière la maison. Charles, tout près, garde la cadence. Ils sautent quelques clôtures, rampent sous des arbres et enjambent de petits ruisseaux. Parfois, les pieds des enfants s’enfoncent dans le sol humide, en bordure de ces ruisseaux. Les belles chaussures neuves de Charles en prennent encore un coup!

Au bout de dix minutes, très exactement, ils traversent enfin une clairière entourée de sapins et d’épinettes. De l’autre côté, après n’avoir marché que quelques mètres dans le bois, ils descendent une butte et arrivent au pied d’une chute.

— C’est ici que je viens de temps en temps, dit Marianne en reprenant son souffle. Tu vois, d’habitude, je m’installe là, assise au pied de ce gros sapin, et je regarde tomber l’eau, tout simplement.

— Je comprends pourquoi tu préférais le garder secret, cet endroit. Il est absolument magnifique... Et tu viens souvent par ici?

— Non, seulement quand j’ai le cœur gros... Comme aujourd’hui.

La réponse de Marianne le rend très mal à l’aise. Son amitié pour elle a subitement pris une tournure qu’il n’avait nullement imaginée. Elle et lui ne se parlent plus que de sport, de mission chez monsieur Thibault ou de petits cochons, et ça c’est nouveau pour lui.

Pendant les minutes qui suivent, ils restent là, assis, sans rien dire, à simplement regarder autour d’eux. À un certain moment, ils ont la visite d’un couple de geais bleus qui vient se poser sur une branche du gros sapin. À voir ces oiseaux, on a l’impression qu’ils sont des habitués de la place. Charles s’amuse à les contempler avant qu’ils ne s’envolent de nouveau dans le ciel, en passant au-dessus de la chute.

— J’ai eu beaucoup de peine quand j’ai appris la nouvelle au sujet de ton grand-père, ose dire Marianne, après beaucoup d’hésitation.

Charles ne répond pas et regarde ailleurs. Les dents serrées, il tente de garder son sang-froid mais une larme finit par le trahir.

— Maintenant, poursuit-elle, je suis sûre qu’il connaît cet endroit, lui aussi, et qu’il viendra de temps en temps.

Charles a les yeux mouillés; Marianne aussi d’ailleurs. En tentant de cacher à l’autre sa tristesse, chacun s’essuie les yeux en se tournant le dos.

La demi-heure s’est écoulée. Charles devra vraiment partir. Après s’être relevés et avoir rafraîchi leur visage dans l’eau de la chute, les deux amis retournent lentement vers la maison. Alors qu’ils retraversent la clairière, Marianne saisit tout à coup le bras de Charles pour qu’il s’arrête:

— Tu sais, lorsque tu seras de retour à Laval, avec tes amis là-bas, tu peux quand même me téléphoner. Tu as bien conservé mon numéro, quelque part, dans tes bagages?

— Bien sûr, voyons! répond Charles, comme si la question était inutile.

Rassurée, Marianne sourit. Sans lâcher son bras, elle s’avance plus près de lui:

— Il faudrait bien que je t’écrive un mot sur ton plâtre avant que tu partes, en souvenir de tes vacances à Rimouski!

Charles sourit à son tour. À lui seul, le plâtre est déjà un souvenir qu’il pourra difficilement oublier! Sans rien dire de plus, Marianne l’embrasse sur la joue, tout doucement, comme si c’était la dernière fois qu’ils se voyaient.

Pendant qu’ils marchent vers la maison, ils ne parlent plus mais ils se tiennent par la main. Et si on en juge par le beau sourire radieux qu’ils ont maintenant tous les deux, les vacances ne se terminent pas si mal que ça finalement!

Je t’aime Marianne...


Tous droits réservés © Yves Potvin La bande sportive E.P.S. 2017



De nombreuses informations concernant les régions touristiques dont il fut question dans ce roman sont disponibles sur le Web dans les sites qui suivent:

la municipalité de Saint-Fabien;
la ville de Rimouski;
la ville de Laval.